Mais qu'en est-il de cérémonies célébrant cet événement ? En Mauritanie la cérémonie du mariage est devenue tout simplement n'importe quoi ! Désolé pour les fans de Baudelaire et adorateurs de Victor Hugo, je ne trouve pas mieux comme terme. Cette cérémonie, censée exprimer la joie toute naturelle de familles, est devenue à Nouakchott un véritable "espace de médiocrité sociale" regroupant tout ce qui est détestable ici : hypocrisie, fourberie, fumisterie, fausse timidité, vraie provocation, etc.
D’abord on ne fait plus une cérémonie mais plusieurs. Il y a la cérémonie dite religieuse « el 3agd » à laquelle on fait venir maintenant tous les griots possibles. Suit « el marwa7 », ou l’heureux élu apparaît enfin possédant le nouveau jouet qu’il a acheté ( son épouse), la tenant bien fort, devant des yeux de filles dégoulinant de jalousie et des yeux d’hommes amusés. Cette accolade symbolique ( ou épaulade) ressemble presque aux mariage occidentaux ou on dit « you may kiss the bride » ( vous pouvez embrasser la mariée)..lol à la place d’un baiser langoureux, la jeune femme a le droit a une prise d’épaule par-dessus son voile noir et son visage couvert, comme si si il l'a lachait elle risquait de s'envoler...mais y pas de risque,elle a 4 kilos sur la tête, 7 ou 8 sur les poignets et les doigts, le visage couvert et un voile d'une odeur enivrante...
Vient ensuite, quand on est issu des bons milieux (c’est de l’ironie bien sur) une flopée d’invitations « nedwiyat » des amis et familles amies des mariés. Toutes ces invitations ou il faut venir pour paraître, apparaître sous son meilleur jour, un jour différent de celui d’hier, mais un jour ou il faut être sur son 31, ou son 42. Il faut nourrir la conversation. Il fau qu’ondise des femmes eflane chebibe mechallah, dhe labsse kneybe wala soie ? E7foule men leyagout. Et qu’on dise de tel homme. Hadhe flan, hagalla, je men elkharej, mecha3cha3 ba3d kivet chi, yemi ella kharssi dhe terki, enti adhrek ma chefti wetou ? …
Ceux à qui ces cérémonies sont les avantageuses sont forcément les griots (je ne dis pas artiste parce que je ne les considère pas tous comme des artistes) et l’univers qui les accompagne. Mais aussi les gérants de leiux ou les mariages sont organisés, que ce soit Mauricom et consort ou les appartements ou finissent par atterir les mariés et leurs amis.
La cérémonie :
La cérémonie commence par l'arrivée des invités, toujours en retard bien sur, en Mauritanie être à l'heure est synonyme de faiblesse, de manque de caractère (di3v chakhsiye). Donc je disais que la cérémonie est prévue à 20h, donc les gens commencent leur arrivée à 23h pour les plus ponctuels. Commence alors le défilé de marques de voiles, de rouge a lèvres, de sacs et de chaussures. Chaque femme utilise le chemin le plus tortueux avant de s’asseoir car l’objectif n’est pas d’arriver à sa place discretment mais au contraire de permettre aux autres de la voir, de la désirer et plus si affinités. En gros elle se dit "je viens de dépenser 100 000 UM uniquement pour cette soirée alors regarder moi bande de cons !", alors elle aime bien arriver accompagnée, histoire de se faire remarquer, et saluer tout le monde, même les gens qu’elle ne connaît pas, afin de devoir à chaque fois, se baisser, sourir, faire tomber comme par hasard son voile….c’est presque une danse culturelle…
Les femmes et les hommes sont installés de deux cotés de la place et en ordre de bataille pour que commence un véritable face à face quelques heures durant (comme dans les films western !). parce que dans ces cérémonies, tous se passe dans le regard ! les hommes et les femmes ne peuvent souvent pas se parler directement ( à moins de sortir et de se retrouver dans l’ombre d’un mur, ou sous les lumières discrètes d’une voiture). Les hommes clignent de l’œil, les femmes sourient, les hommes scrutent déscrutent rescrutent, les filles jouent tantôt l’indifférente, tantôt la timide, tantôt la vicieuse….Je vous donne quelques indices pour comprendre le comportement des uns et des autres, c'est un sociologue bien de chez nous - un véritable la7la7 - qui me l'a dit. Prenons l'exemple d'un gars et d'une fille normaux d'un mariage tout à fait banal à Nouakchott.
- Le gars, a la moustache PRDSienne, qui n'arrête pas de griller clope sur clope est en train de mijoter un projet - pas pour détourner de l'argent ça c'est la journée - mais pour éviter de rentrer bredouille. Il vient de jeter son dévolu sur une petite fille toute fraîche bien encadrée par la tente au physique de SUMO (les lutteurs japonais) et la grande sœur qui n'arrête pas de tripoter son téléphone car elle n'a pas encore croisé les "yeux désireux" (putain ! le dernier Kneiba, la coiffeuse, le parfum à 100 euros, tout ça pour ça et même pas un clin d'oeil, l'oeil c’est ça ! ça ne peut être que ça, c'est le mauvaise oeil !). Revenons a notre Staline nationale qui fume de plus en plus - en insultant les clopes surtout les nouvelles Marlboro archi-nuls - Il réfléchit au moyen de trouver le numéro de téléphone de cette fille qui lui semble tout droit sortie d’une émission de Rotana.
- La Fille – une autre fille - n'arrête pas de téléphoner et de rigoler. En fait elle est entrain d'appeler le 444 et consulte une boite vocale désespérément vide, mais il faut bien noyer son chagrin quelque part et éviter de regarder vers cette bande de cons qui n'ont d'yeux que pour cette autre fille qui danse, comme Nancy 3ajram, qui tourne et de se déhanche. "Oh la la !! La concurrence est rude ce soir, et dire que je préparais depuis quelques jours cette sortie, je me suis même séparée de mon copain après une véritable relation qui à duré plus d’une semaine, que je suis bête. En plus entre les hommes mariés et les gamins boutonneux il n'y a plus personne, il n'y a plus de célibataires de plus de 20 ans dans cette maudite ville ?"
Arrivée des mariés
Arrive ensuite les mariés dans une cacophonie indescriptible et un désordre à donner le tournis a nos parlementaires champions du monde de cet art. L’heureux, enfin le fatigué, époux serre très fort l'heureuse, et usée femme toute en noir vêtue. Puis le "Sinbit" (garçon d'honneur ou quelque chose de ce genre) et bien à coté de son ami entrain de distribuer les sourires à gauche à droite. Sinbit est un phénomène à part, c'est censé être le meilleur copain du marié en général c'est le plus "marrant" et le plus expérimenté dans la chose sociale. Son rôle consiste justement a se mettre a coté du mari pour la camera, répondre aux assauts verbaux de femmes et la en général il a besoin de tout son humour, car un sinbit sans humour est un plat sans sel. Je n'ai jamais occupé cette fonction tant convoitée, probablement l'attribut humour me fait défaut, mais j'ai assisté à de véritables batailles pour celui qui aura l'honneur de rentrer sur scène à coté du marié. J'ai assisté même à un Sinbit qui ne connaissait le marié que depuis deux jours. Faudra que le gouvernement dans son plan de formation professionnel pense a professionnaliser cette tache (de cette maniere on pourra dans le futur commander des Sinbit sur mesure, avec des options).
La troupe
Autre phénomène qui a toujours attiré mon attention dans les mariages, c'est le groupe de personnes, légèrement efféminé, disons-le, qui entoure les griots (on les appelle « gordiguenat » dans le jargon local). Leur rôle consiste à mettre l'ambiance quand celle-ci baisse. Ils font partie du décor, ils applaudissent, saluent tout le monde et avec le prénom, encourage les danseuses, chantent les louanges et se dispute l'argent quand celui-ci commence à pleuvoir. Ils jouent aussi le rôle d'annuaire téléphonique ambulant. Le gars à la moustache de tout à l'heure va glisser probablement quelques billets à l'un d'eux pour lui chercher le numéro de téléphone de la petite. Je me suis toujours posé la question par rapport à eux : est ce un métier, une passion, une vocation ? Si quelqu'un parmi vous pourra m'expliquer ce phénomène je lui serait reconnaissant ! J’aimerais savoir a quand remonte ce phénomène, je ne pense pas qu’il existait dans notre société dans le passé, au moins que je me trompe. Il y a avait un fameux membre de ce groupe (ou secte, enfin je ne sais pas comment les appeler) qui s’appelle « Mousse w Rgess » (suce et danse), qui était un personnage incontournable des mariages nouakchottois, je ne sais pas s’il fait toujours partie de ce groupe ?!
La musique
La musique, en générale bonne mais assourdissante, est là pour mettre l'ambiance et donner l'occasion aux femmes de montrer par le mouvement leur capitale de sensibilité, de féminité, de grâce devant des hommes complètement accroché -que dis-je ?- scotchés à des zones que je n'ose nommer ici mais que vous avez tous deviné !. Alors il y à de règles très compliquées à respecter, on dirait la théorie de relativité générale d'Enstien, quand une femme rentre, il faudra que ses cousines et amies rentrent après pour l'encourager, et comme chacune de cousines à probablement un cousine ou une amie, cette dernière doit à son tour rentrer, et ...ainsi de suite, on dirait un cours de reproduction de terminale D. La scène, « el merja3 », se trouve envahit par une foule de Kneibardes (porteuses de Kneiba – c’est nouveau). Les danses ont évolué au fil des années. La musique aussi. La musique est beaucoup plus électrique. Les danses idem. Il n’est plus question de faire du surplace sur une musique de corde (tidinit ou ardin). Maintenant, les danseuses, mélangent danses arabes au niveau des hanches, smurf au niveau des bars et du dos, ragga au niveau du derrière….enfin tout bouge et de manière presque obscène !
Vers la fin, c'est le tour des copains du marié de faire leurs preuves, bien que nous ayons de bons danseurs mais il faut avouer qu'en général les copains ne sont pas de John Travolta encore moins des Soueid Amar (ce gars a révolutionné la danse mauritanienne…enfin c’est ce qu’on dit). Ils font tous semblant de refuser de danser alors qu'ils crèvent d'envie de laisser libre à leurs mouvements ! En général des les premiers pas on se rend compte de la catastrophe : entre les pas de rock des uns, les mouvements d'un footballeur avant un penalty des autres, la scène se transforme à un véritable champ « d’agression artistiques »… En tous cas pour la « majorité statique » (celles et ceux qui ne dansent pas), c’est un pur moment de bonheur (une véritable comédie en direct live)
Epilogue
Les convives commencent à partir, reste alors les mariés et leurs amis, le Sinbit, spécialiste en stratégie militaire, particulièrement le retrait des troupes a élaboré un scénario diabolique pour la fuite des mariés, Il ne faut pas qu’ils soient dérangés par les copines de l’épouse. Donc on bloque la circulation, et le Sinbit, qui est un peu Michael Schumacher à ses heures perdues, prend la fuite avec la grosse cylindré vers Keur Macene (version officielle), alors qu’en fait il va dans un appart à 400 mètres du lieu de mariage. C’est bien sur un secret jalousement gardé, mais dont tout le monde est au courant (qui a parlé de Polichinelle ?). Donc, une heure plus tard, une autre bataille commence a la porte de l’appartement, bataille dont l’objectif est de nouer de nouvelles relations entres ILS et ELLES. C’est somme toute une histoire banale, la réécriture mauritanienne – éternellement réitérée - d’un fameux roman intitulée « liaisons dangereuses »