Comme il pleut sur la ville
0 bruit doux de la pluie
Verlaine dans Romances sans paroles
Un magnifique poème. La pluie, l’eau...Certains prient pour qu’il en tombe des cordes, sont ravies au bruit d’un tonnerre annonçant son arrivée, sa force même. D’autres, ailleurs la déteste, la pluie. J’ai toujours associé, dans mon imaginaire la tombée de la pluie à la mélancolie, la tristesse, le gris, le blues, des vers de poésie symboliste. Mais d’un autre côté, j’ai appris à l’aimer, je sais combien elle est un heureux événement pour beaucoup. Je la veux surement autant que Sidioca, mais pas pour les mêmes raisons. Lui, c’est je suppose, pour combler les autres manques, les autres coups de poisses (drogue, problème, d’eau et d’électricité, retour des réfugiés toujours pas de retour…) que les RFDistes disent dus à « tazabout » Ould Daddah…lol (mais bon, Ould Daddah semble lui-même être mouzabi, donc…) : il fallait donc au moins quelque chose de positif à cette année, au moins de la bonne pluie. L’inondation de ces pauvres tintanois ou tintanais en est la preuve concrète.
Tout ca pour te dire quelle personne bizarre je suis, quelle schizophrène je peux être…enfin je veux lecteur que tu comprennes que chez moi, il n’y a rien comprendre. Je me suis faite à l’idée que j’étais simplement complexe, bizarrement ordinaire. J’espère que tu n’es pas déçu, que tu ne voyais pas à travers mes mots mal alignés un talent quelconque, un art aussi futile soit il, une femme extraordinaire que je ne suis pas en vérité. Les mots sont ma manière à moi de soigner mon mal le plus douloureux, à savoir ma normalité. C’est une thérapie, une thérapie à laquelle tu participes…
Bon trêve de questionnement intérieur…je parle de pluie, de saison attendue, d’humidité pour en réalité en arriver au sujet du jour, à savoir la sexualité (certains verront un lien, d’autres diront sans transition….désolée, je suis désorganisée dans ma tête, et on ne se refait pas !)
Le sexe. Ah quel sujet ! Vaste, dense, profond, plein de mystères et de sensations (je parle toujours du sujet). Le sexe est tabou : jusque là rien de bien nouveau ! Ce tabouisme (nom relatif à une chose tabou, l’académie française devrait vraiment envisager de me recruter...lol) est visible même au travers de la sémantique. On dit « lilou, lilhe, dheli 3andou dhe li 3andehe », le sien, la sienne, ce qu’il ou elle a...Pour ne pas dire pénis ou vagin. On va même jusqu’à dire « dhe li a36ah moulane » ce que Dieu lui a donné…7achah, on lui doit beaucoup plus que ça !
Le reste des termes pour nommer les organes génitaux sont à la limite de la vulgarité, c’est pour ça que je ne les dirais pas, la vulgarité m’insupporte (si si, je te jure). De toute façon, tu ne les connais que trop bien, tu les dis peut être pas tout haut parce que tu es un lecteur bien élevé (bon puisque tu insiste c’est 20 en anglais, en retirant le y final, et zut avec un b à la place du t...Vraiment parce que tu insistes !)
Jusqu’à un certain âge, on ignore presque leurs existences. La découverte se fait durant l’adolescence, au début des ennuis (poils, règles, et tous ces petits détails)...Découverte à travers son propre corps mais surtout à travers les autres. On se découvre une libido, des sensations, des excitations, des envies, que l’on garde pour soi (quand on est une fille bien sur).
L’absence de communication et l’ignorance de ces choses induit pas mal de jeunes demoiselles en erreur. Certaines pensent avoir perdues leur virginité sacrée juste au contact d’un corps masculin, d’un pénis par-dessus son habillement. D’autres pensent qu’une semi pénétration ne peut pas faire perdre la virginité et pensent l’hymen caché loin, comme une muraille de Chine dans leurs utérus que seul un mari désireux et une pénétration complète pourrait briser. Certaines pensent jouir parce qu’elles ressentent une certaine, comment dire humidité..d’autres pensent que quelques extractions corporelles sont synonyme d’éjaculation…on n’en parle jamais donc, chaque fille arrive avec ces petites idées préconçues dans un imaginaire pré pubère.
Alors on apprend sur le tas, au fur et à mesure des relations, des expériences et des récits. Forcément, le rapport avec la sexualité évolue lui aussi. On pense à ce moment là plus souvent au plaisir du partenaire qu’au sien, plaisir qu’on ne connaît pas le sien, et qu’on refoule lorsqu’il tente de faire surface, parce que le plaisir ici se conjugue rarement au féminin. Parce qu’avoir envie, c’est quelque part se donner, se donner c’est être prise, être prise c’est perdre le contrôle et enfin perdre le contrôle c’est être faible. Et la mauresque ne veut surtout pas être faible. On en revient cher lecteur aux rapports de force de dominant VS dominé qui régissent toutes les relations humaines en Mauritanie.
De plus, c’est l’homme qui doit prendre son pied (gauche ou droit peut importe) parce que c’est lui qui compte en réalité, c’est lui qui doit faiblir. Il faut que l’homme désire et surtout il faut qu’il agisse en conséquence (amour, mariage,…). Pendant ce temps, la femme (enfin, elles, enfin certaines d’entre elles pour être plus précise, on me reproche de généraliser) a une libido en mode veille. Comme un ordinateur, elle est allumée pour utilisation puis éteinte.
Lecteur beaucoup de jeunes filles flirtent avec un ou plusieurs partenaires. Peu y trouvent leurs comptes. Elles le font parce que tout le monde le fait, parce que l’homme le demande, le veut, parce que cela semble faire partie du jeu, parce que c’est interdit, donc tentant.
J’entends d’ici les echos des personnes très en colère qui diront que je pousse les jeunes filles vers les contacts physiques. Loin de moi cette intention. Si cela était mon objectif, il y a d’autres moyens de l’atteindre, un blog, en français n’est sûrement pas le manière adéquate.
Revenons à nos ne3aj du jour. Même au sein des couples mariés, la sexualité reste souvent un tabou. Elle est vécue de manière assez intéressante et intéressée. On fait l’amour parce que l’homme en a envie. Le sexe est masculin (c’est vrai grammaticalement en tout cas). Il arrive même que la femme utilise le sexe comme un outil, une arme. Le mari ne veut pas qu’elle aille à tel endroit ou ne veut pas lui acheter tel objet ( bijou, téléphone, voiture, selon les richesses et les désirs)…une partie de jambe en l’air et la question est réglée. Le premier rapport sexuel étant souvent un désastre, une charcuterie, les femmes n’y prennent pas beaucoup de plaisir. Elles souffrent de cette pénétration d’un corps étranger et nouveau tandis que Monsieur semble être à l’extase. De cet instant là ( instant T), se met en place ce système d’homme demandeur de sexe et de femme offrant contre intérêt ou garantis.
Entre femmes, il est bien vu de montrer un certain dégout, un désintérêt pour le sexe. De montrer que lui l’a tellement demandé, l’a tellement voulu et qu’elle comptait les moutons pendant l’ébat.
Les femmes vont donc parfois découvrir ailleurs la volupté, leurs sexualités...Ailleurs qu’avec leurs amants officiels, ailleurs qu’au foyer basé sur les liens sacrés du mariage (avec un cousin ou un homme que l’on respecte plus qu’on aime et qui par conséquent ne doit en aucun cas s’imaginer que l’on peut gémir de plaisir, ou avoir envie d’une certaine position). Certaines y prennent un malin plaisir, à voir ailleurs..D’autres femmes le vivent très mal. Mais le fait est là. On vit sa sexualité autrement, ailleurs que là ou on devrait…décidément, on ne fait rien comme tout le monde !
Certains diront ici, rajalle mahoum kivet le3leyatt, insinuant que les hommes ont plus d’envies. Mais nous avons tous deux des hormones, des désirs, des fantasmes ! la seule différence c'est que c'est normale pour les hommes de les assouvir et de les vivre, complétement déplacé pour une femme qui devient forcément une "slut", une seddare, une makhssouret akhbar.
Sexe…un mot qui sonne politiquement, éthiquement, socialement incorrect. Mot qui pourtant habitent nos corps, nos âmes, notre imaginaire, nos fantasmes…mot qui habite enfin notre capitale.
Merci
Ps : sex intentions est le titre d’un très bon film, une adaptation des liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos…à voir ou à revoir.